Bien des aventures ludiques
nous sont arrivées au Canada ou sur la petite partie
des Etats-Unis que nous avons foulés. Nous n'avons
finalement voulu retenir qu'un seul moment mythique, et
tout ce qui l'accompagne : ma propre découverte
de l'or du Klondike. Je sais, nous en avons déjà
beaucoup parlé. Peu importe, je ne me lasse pas
de raconter cet événement majeur !
Tout a commencé alors que j'avais
dans les 7 à 8 ans environ. J'avais lu un ou deux
livres de Jack London et j'en avais retenu l'héroïsme
désespéré des prospecteurs d'or.
Et je m'étais dit au passage qu'un jour, moi-aussi
j'abandonnerai tout pour me lancer dans ce type d'aventure.
C'est ainsi que, plus de vingt années plus tard,
je racontai ce vieux rêve à un Yukonnais
pure souche (Dean Cameron) et que je lui fis part de mon
intention de trouver un peu de cet or qui avait construit
si peu de fortunes et déçu tant d'espoirs.
Je le fis beaucoup rire. Il me raconta ses propres histoires
d'enfance, lorsque son grand-père l'emmenait à
la recherche d'un hypothétique filon : ils n'avaient
jamais rien sorti du lit des rivières !
Il ne me découragea pas. Rien
n'aurait pu le faire. Rires et sarcasmes volaient en éclats
au contact de mon ingénuité novice. Muni
de ma "goldpan", d'une pelle prêtée,
d'un bonnet contre le froid, et de beaucoup de confiance,
je m'essayai par deux
|
fois à creuser la
terre et à en extraire le métal précieux.
A deux jours d'intervalle et dans deux endroits différents
(sur une concession achetée par l'association des
pionniers du Klondike et offerte au tourisme, ainsi que
sur l'une des 160 concessions encore active à l'heure
actuelle), je pelletai la terre. Je remuai le permafrost
pour en extraire mon bout de rêve, pour renouer
avec mon enfance, pour honorer la mémoire de ceux
qui étaient morts sur ces terres et y avaient inhumés
leurs forces et leur santé.
Soit que j'eusse une dextérité
innée pour la fouille, soit que Ploutos voulût
récompenser une persévérance candide,
je trouvai quelques flocons d'or pur ! En quelques 6 heures
d'effort, je satisfis aux utopies de ma prime jeunesse .
Laure, Dean, et tous ceux à qui je contai ma découverte
n'en crurent pas leurs oreilles. Il fallut que j'expose
le fruit de mon labeur pour être cru. Les moqueries,
quoiqu'elles fussent dès le départ sans
méchanceté, durent faire la place à
une réalité tangible et mordorée.
L'espace d'un instant, je me vis en héros londonien
: mes 1,5 grammes d'or m'avaient donné une place
dans le tableau des enfiévrés du Klondike
! Puis une autre réflexion vint : au tarif horaire,
un tel rendement n'est pas très bien payé
! La réalité détruit décidément
toujours nos rêves ... |