Notre dernière visite en Alaska fut l'occasion d'une rencontre mémorable. Nous avions rejoint Skagway en provenance de Whitehorse (Yukon) et avions décidé de faire un peu de marche dans la région. La déception de n'avoir pas pu faire tout ou partie du Chilkoot Trail était en effet trop forte pour que nous puissions quitter le nord sans fouler ce sentier mythique.

Nous décidâmes de partir au petit matin pour un trekking de deux jours. Il était impossible que nous puissions aller jusqu'au bout du chemin, nous n'en avions pas le temps. Nous prîmes donc l'option de faire environ 20 kilomètres ensemble, puis je devais faire un aller-retour de 14 kilomètres le lendemain sur la partie la plus escarpée du trail (si tu as vu des photos de la ruée vers l'or, cette étape est toujours représentée en image : une longue lignée humaine, noire et massive, gravit une monagne abrupte et enneigée).

Nous nous rendîmes à Dyea, qui était le campement de base des propecteurs de l'époque et qui constitue aujourd'hui encore le point de départ du trek. Nous commençâmes à marcher. Il ne fallut pas plus de six kilomètres pour que la suite du parcours devienne incertaine. Après quelques sentes dans les roches, le chemin devint plus aisé et plus plane. En fait, nous nous mîmes à

suivre de plus en plus fréquemment un ou deux Laure, traces d'ourscours d'eau. Or par moments, des effluves étranges nous parvenaient aux narines. Soudain, nous aperçûmes des traces d'ours situées en plein milieu du chemin que nous foulions. Puis ce furent des excréments et des restes de repas (saumons déchiquetés et pourissants, têtes de poissons, etc.). Nous prîmes peu à peu conscience qu'une rencontre avec un ursidé était possible, voire probable. Inquiets, nous nous mîmes à faire comme nous avions appris : taper dans nos mains et parler fort. Il parraît que signaler sa présence de telle manière est le meilleur moyen de faire s'en aller un ours (qui en principe évite tout contact avec l'homme). Nous nous arrêtâmes quelques instants pour faire le point au bas d'une petite pente. Après quelques minutes de palabres, nous repartîmes. A peine arrivé au sommet de la pente, je me retrouvai nez-à-nez avec un grizzli de belle taille. A trois mètres de moi, l'animal pêchait tranquillement dans la rivière. Ma présence dût le surprendre à voir la manière dont il se retourna ... J'élevai les bras en l'air pour me rendre plus grand, puis je reculai. Cent mètres plus loin, nous décidâmes de rebrousser chemin. Nous ne voulûmes en effet pas focer un ours de 250-300 kg (selon les estimations d'un ranger) à choisir entre nous laisser passer et nous faire face ...

 
 
 
 

 

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