Or c'est à ce
moment précis, alors que nous voyions déjà
poindre le lit qui allait remettre en forme nos corps
et nos cerveaux meurtris par la tension, que le pneu du
matin a crevé à nouveau. Au beau milieu
de l'une des artères principales de la capitale
des fous du volant ! J'ai perdu dix ans de ma vie rien
que dans le fait de me ranger sur le côté
de la route ... Bref, tout a finalement été
arrangé en une heure. Nous nous sommes ensuite
mis à la recherche d'une place de parking sûre
et peu onéreuse (nous avions prévu de passer
une semaine en ville et ne voulions pas faire exploser
nos dépenses seulement à cause d'une place
de parc). Nous avons été surpris de ce que
nous avons trouvé : la concurrence qui règne
ici maintient les prix à des niveaux étonnants
(aussi bas que Chf 2,50 les vingt quatre heures pour une
place intérieure). Enfin, éreintés,
nous avons terminé notre première journée
argentine en nous enterrant sous les draps à peine
la nuit tombée !
Le
lendemain, nous sommes partis à la découverte
des classiques de Buenos Aires. Nous avons commencé
par le marché des antiquaires de San Telmo. C'est
un incontournable. Les objets que l'on peut y voir sont
souvent magnifiques. Quant aux styles, ils touchent
toutes les époques. Ici plus qu'ailleurs, on
se rend compte de l'héritage européen
dont une bonne partie des Argentins sont légataires
(les porteños, à tout le moins).
Ceci dit, nous n'y avons pas humé ce parfum si
particulier que nous avions respiré en d'autres
occasions à Clignancourt ou à Portobello
Road. Je ne parle pas même d'authenticité,
mais de ce quelque chose de patiné et de poussiéreux
qui te pénètre les narines lorsque tu
ouvres la
porte
d'un vieux grenier. Entre les couples gays New-Yorkais
aux goûts raffinés ou ostentatoires (c'est
selon), les jeunes fauchés en quête d'un
cadeau vaguement suranné, les touristes venus
chercher Le truc qui leur rappellera leur séjour
de deux semaines en Argentine, nous avons eu de la peine
à ressentir quelque chose. Quelques magasins
de meubles (Art Déco en particulier) et un café
(l'Hippopotamus) ont fait exception et nous
ont procuré un soulagement matérialiste
(ça, c'est pour le côté péché
véniel) et mélancolique à la fois.
Plus tard, nous avons pris le chemin du quartier de
La Boca. Il ne nous a conduit nulle part. Partis sans
un plan détaillé, nous nous sommes retrouvés
dans une zone laid
e
comme tout que les habitants eux-même semblaient
avoir désertée. Déçus d'avoir
tant marché pour ne rencontrer que cela, nous
nous en sommes retournés à notre hôtel.
Les jours suivants ont été en revanche
un peu plus heureux. Les quartiers d'Alamedra, de La
Recoleta, de La Boca (finalement trouvée), la
rambla du bord de mer, Palermo (ses parcs gigantesques
et ses millions de moustiques de la même taille),
etc. nous ont apportés ce que nous étions
venus chercher : l'écume d'une histoire séculaire
et les relents d'une culture un peu fanée.
