douleurs et de vieilles craintes comme cela avait souvent été le cas, lorsque nous avions remué les cendres du passé avec d'autres hôtes latino-américains. Certes, il y avait toujours les flammes vives de quelques haines, ou l'anxiété des gens qui ont subi guerre et dictature tout à la fois. Mais ce qui dominait dans les paroles était plutôt la confiance en l'avenir. La semi-satisfaction d'un présent qui leur appartenait encore, et surtout la certitude que le futur des enfants et de leurs suivants sera meilleur. Oubliés Allende, ses réformes, son renversement et sa mort. Occulté Pinochet et son régime militaire appariés à la C.I.A ou à quelque autre organisation des Etats-Unis. Seuls credo : la croissance de l'économie et le modèle américain. Quant aux petites-gens et aux ouvriers ... presque vingt ans de coups de matraque les aura calmés pour un bon demi-siècle (gardons en mémoire que le triste Augusto ne s'est retiré qu'il y a quinze ans. Et qu'il a conservé la charge de chef des armées de terre pendant une bonne décade supplémentaire ... de quoi calmer les agitateurs).

Puerto Natales, groupeSonia et Frédéric, deux Helvètes rencontrés près du Fitz Roy et retrouvés, ont rapidement pris part aux conversations. La pluie battante ne leur permettait pas plus qu'à nous une incursion dans le parc national réputé magnifique de Torres del Paine. C'était en effet le but de notre venue à Puerto Natales; la ville constitue le seul point d'accès important à ce site naturel de réputation mondiale. Mais climat aidant, le cercle s'est écarté autour du poêle et les discussions se sont animées de plus belle. Un soir, une éclaircie nous a tous fait sortir, pleins d'espoir; pour une courte durée hélas. Nous sommes revenus à l'intérieur, comme souvent dans la semaine. Nous avons épuisé presque tous les sujets. Travail, santé, voyage, différences culturelles, cuisine, etc. Finalement, presque par enchantement, nos deux compagnons s'en sont allés une nuit. Une croisière obtenue en tarif de dernière minute les a emmenés au travers des fjords que nous avions vus quelques mois auparavant. Fidèlement, nous sommes demeurés auprès de Chila. Un matin enfin, le soleil a pointé. Nous nous sommes sur-le-champ décidés à relier le parc, distant de cent trente kilomètres; nous étions plus que reposés et ne Torres del Paine, belvédèrevoulions pas nous offrir le luxe de temporiser à nouveau. Nous avons laissé nos charmants amphitryons et avons pris la route du nord. Une agréable piste, dont la douceur contrastait sérieusement avec ce que nous avions enduré de l'autre côté de la frontière, nous a conduits, entre collines et nuages, jusqu'au pied du massif qui a fait la réputation de la région. De loin déjà, nous avons eu un premier aperçu des hauteurs qui attirent plus de deux cent mille marcheurs par an en ces lieux. Mais ce n'est véritablement qu'une fois dans le parc que nous avons pris toute la mesure de la beauté particulière de ces formations rocheuses. Nous avions en effet déjà vu plusieurs clichés présentant le dégradé abrupt des couleurs

 
 
 
 

 

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