Plus de cinq mille
kilomètres de côtes ! Voilà ce que
je me rappelais du Chili depuis mes lointaines années
de collège. Quelle animation chez mon professeur
de l'époque, lorsqu'il nous expliquait la géographie
de cet extraordinaire pays. Je me remémore ses
descriptions pétulantes et cet entrain qu'il ne
perdait pas quel que soit le sujet (c'était lui
également qui m'avait marqué par ses récits
de la Bolivie et du lac Titicaca). Je m'étonne
d'ailleurs de réaliser, à vingt ans de distance,
à quel point je me suis imprégné
de ses propres émotions (ou ce que j'ai perçu
pour en être, du moins) pour en tirer des fantasmes.
Les enseignants sont-ils seulement conscients de leurs
influences directes ou indirectes ? J'en doute, et c'est
peut-être mieux ainsi. Toujours est-il que je me
suis retrouvé, jeune adulte encore - mais oui,
absolument ! -, à me faire les mêmes reflexions
naïves qu'alors : "qu'est-ce que ça doit
faire drôle d'être ainsi pris entre mer et
montagne ... y a-t-il seulement un terrain plat quelque
part ... comment peut-il y avoir le désert le plus
sec du monde au nord et l'une des forêts pluvieuses
les plus arrosées de la planète au sud ...
mieux vaut avoir de la famille à l'ouest ou à
l'est plutôt qu'à l'un des deux autres points
cardinaux ... est-ce qu'ils peuvent facilement franchir
les Andes quelque part ou doivent-ils faire le tour en
bateau ... un pays aussi étroit et si long possède
une réelle unité/identité ? Comment
est-ce possible ... etc.". C'est en effet la forme
du Chili qui frappe dès qu'on pose les yeux sur
une carte. Immensément long, large d'à peine
cent à deux cent kilomètres, inégal,
parsemé de péninsules et d'îles, sec
et néanmoins pourvu de tant de lacs et de cours
d'eau, volcanique ici, montagneux là, semblant
si petit, mais presque six fois plus grand que l'Angleterre
néanmoins. Et une fois sur le sol chilien, le saisissement
n'est pas moindre. Peux-tu te figurer un trajet qui te
mène de la neige à la mer en moins de deux
heures de voiture ? Ou du désert aride à
la pluvieuse Patagonie en deux cent quarante minutes de
vol (sauf qu'à un bout comme à l'autre tu
te trouves dans le même pays) ? Parcourir cette
contrée totalement unique a été une
expérience fondamentale. Puisse ce récit
être aussi richement coloré que ce qui l'a
inspiré !
Tu sais déjà tout de nos premiers pas
au Chili lorsque nous avons débarqué de
la croisière en janvier : Santiago, l'hôtel
le plus pourri du pays, l'achat de la voiture, le passage
de la frontière, etc.
Tu as également lu que nos allers-retours entre
ici et l'Argentine ont été assez fréquents.
Il est maintenant temps de compléter les blancs.
Notre "véritable" découverte
du pays a commencé le dix-huit mars. Nous avions
quitté El Calafate et le Perito Moreno afin de
revenir à Puerto Natales, cette ville chilienne
que la mauvaise météo de janvier nous
avait empêché de visiter. Le climat n'a
pas été plus brillant lors de cette deuxième
visite, du reste. Pluies, vents froids et nuages ont
été nos compagnons de tous les instants
lors du début de notre séjour. Dès
lors, nous nous sommes occupés comme nous avons
pu. Laure à son journal, moi au site; quelques
passages en ville, pour y découvrir les moeurs
et habitudes dans la Patagonie de l'ouest; l'achat du
permis de pêche pour tout le sud du pays. Rien
de bien folichon, si ce n'est les nombreuses heures
que nous avons passées auprès du poêle
en compagnie de Chila et de son mari (les propriétaires
de notre backpack) à discuter du paysage politico-économique
présent et passé de la nation. Etonnamment
(par rapport à l'idée que nous nous en
faisions), les discours étaient bien plus libérés
qu'ailleurs; moins chargés de
