Se lancer dans une
aventure comme celle que nous avons décidé
de vivre demande un certain don de sa personne. Un abandon
de soi qui revêt mille formes, mais qui suppose
une croyance et une volonté fortes. Depuis notre
départ, il avait toujours semblé évident
pour nous que les racines philosophiques où plongeaient
notre projet étaient profondément existentialistes.
Que d'une certaine manière, s'offrir au hasard
et au contingent était un moyen d'atteindre le
sens de l'Être. Et que la rencontre de milliers
de nos semblables se débattant dans leurs intangibles
dogmes philosophiques, mais surtout religieux, nous apporterait
la touche de tourments ésotériques qui manquait
à notre inquiétude d'être ici, là,
pour rien. Par dessus tout, nous voulions nous tromper,
et par là exister. Et que ces erreurs soient la
marque de notre indéterminisme. Mais la croisière
a pointé son nez ... et à travers elle,
Tyché est revenue de l'Olympe pour assaillir nos
âmes jusqu'ici assez sereines. Comment ne pas se
remettre à croire en cette stupide destinée
lorsqu'une série d'événements convergent
de telle manière qu'ils rendent une certaine fin
inéluctable ? Comment s'accrocher aux coïncidences
et aux fortuités quand, au moment où l'on
est le plus prêt à un mouvement, on doit
remanier le cours de ses actions parce que
quelque
chose synchronise des éléments disparates.
Cette analyse est un peu triviale, vu le sujet qui nous
occupe (ce n'est rien de plus qu'une croisière,
après tout). Pourtant, lentement, nous avons eu
l'impression que toute cette affaire nous rendait à
nouveau
objets. Et il a fallu notre réalisme
au complet pour que nous reconnaissions, dissimulé
sous ce faux hasard, une vraie opportunité. Que
les existentialistes que nous sommes, finalement, se sont
empressés de transformer en actes ...
Mais revenons aux prémices de tout ceci. Pas
du voyage, ni de la réflexion. De notre escapade
en bateau ! Nous étions donc à Quito et
avions décidé que la durée, le
parcours, et surtout ... le prix nous convenaient. Sur
le principe seulement. Il fallait encore que nous puissions
obtenir les vols à tarif réduit que nous
avions dénichés (ce qui n'était
possible qu'à Buenos Aires). Et nous ne voulions
absolument pas effectuer quelque versement que ce soit
avant d'avoir la certitude que tout roulait. A ce stade
là, la capitale équatorienne ne nous était
plus d'aucun secours. Seule l'Argentine pouvait nous
aider. Le six décembre, coeurs confiants, nous
embarquions pour Bogotá-Santiago-Buenos Aires.
Au matin, ce sont plus de trente degrés qui nous
ont fouettés le visage à notre descente
d'avion. Suants et haletants, nous sommes parvenus jusqu'au
centre de la mégapole (13 millions d'habitants,
avec les banlieues). Delestés, nous nous sommes
rendus jusque chez Malaysian Airlines qui nous
a réservé deux places sur le seul vol
direct entre l'Argentine et l'Afrique du sud. Satisfaits,
nous avons confirmés nos réservations
de croisière via internet et en avons annoncé
le paiement pour le jour-même. Le problème
est qu'il nous fallait pour cela récupérer
la carte de crédit - de remplacement - de Laure,
envoyée depuis le centre d'urgence Eurocard aux
Etats-Unis, à leur bureau de Buenos. Ce que nous
avons fait dans l'après-midi. Pour le reste,
ce ne sont que des échanges de mails, de fax
et de coups de fil pour confimer le tout. Bref, finaliser
le côté pratique.
