simplement plus intéressés
à fermer les yeux sur quelque chose qu'ils peuvent
prétendre ne pas avoir vu (même s'ils sont
les seuls), qu'à perdre du temps à arrêter
quelqu'un qu'ils ne pourront ni enfermer, ni amender.
De plus, la plupart de ces clandestins travaillent pour
des organisations qui ne se privent pas de faire des dons
ponctuels à l'
amicale des douaniers du pont
de Macará ... Ceci dit, ce commerce ne fait
de mal à personne (les marchandises passées,
pour l'essentiel, ne font pas concurrence aux produits
équatoriens) et semble oeuvrer à la satisfaction
de tous. On n'a donc rien à juger et l'on peut
à loisir se contenter de regarder ces "magouilles"
d'un oeil amusé.
Une fois les formalités d'entrée réglées,
nous sommes tous (y compris les nouveaux, donc) remontés
dans le bus à destination de Loja. Le panorama
qui se déroule au long de cette route est certainement
le plus beau du pays. On passe du désert à
la forêt tropicale sèche; ensuite, la forêt
tropicale humide t'accable de son insupportable chaleur
moite; plus haut, des conifères par milliers
développent leurs verts sombres sur le flanc
des montagnes aux pentes douces; enfin, la forêt
nuageuse exhibe ses mousses, ses bromélias, ses
orchidées et autres plantes épiphytes.
Je ne sais pas si c'est le ciel bleu de ce matin là
qui rend ce tableau si parfait à ma mémoire,
mais j'ai le souvenir d'un immense sentiment de joie
à la vue de ces variations forestales lyriques.
Loja, sans être absolument repoussante, n'est
pas vraiment en accord avec le cadre dans lequel elle
se situe. Nous avons donc decidé de ne pas y
demeurer et lui avons préféré la
minuscule bourgade de Vilcabamba. Le nom de ce haut
lieu du tourisme zen ou pépère-relax
ne te dit peut-être rien, mais tu as pourtant
déjà entendu parler de cet endroit. Le
village se situe en plein milieu de ce que les scientifiques
et les journalistes ont appelé "la vallée
des centenaires". Il paraît en effet que
l'on vit ici plus longtemps qu'ailleurs. Ce serait dû
à la qualité de l'eau, ainsi qu'au taux
d'humidité et aux températures constants.
Des études sérieuses ont été
menées et pour l'instant rien d'autre n'explique
la longévité des habitants; on accepte
donc ces explications laconiques par défaut.
Car il nous en faut, sinon comment accepter qu'il existe
un endroit où sur 5'000 habitants, 34 aient plus
de cent ans (et je ne fais pas le détail des
90 et + ...) ? Bref, nous avons débarqué
ici. Afin de voir la vallée de nos propre yeux
et, qui sait, d'ajouter un peu d'espérance de
vie à nos existences ! Force est de constater
que le lieu est superbe. Il n'y a pas grand chose à
y faire, si ce n'est quelques promenades à pied
sur les collines alentours, ou dans un gigantesque parc
national tout proche. On peut aussi louer un cheval,
et les services d'un guide, afin de partir observer
quelques unes des mille espèces d'oiseaux qui
peuplent la province. Ou l'on peut simplement se reposer
là quelques jours, au milieu des fleurs et des
arbres fruitiers, et méditer sur la valeur que
l'on donne à notre état, à notre
condition, à notre sort. Nous avons choisi cette
option, mais avec plus de repos que de méditation
!