mettre en chemin vers l'un des sites archéologiques distants, nous sommes allés au village afin de faire connaissance avec l'actualité des habitants de l'île. L'inutile office du tourisme a été notre premier point de chute. Il ne mérite pas plus de commentaire ! Nous avons ensuite visité le marché, afin de voir avec quoi quatre mille personnes survivent ici. Quelques espèces de patates, des potirons, des citrouilles, des oignons, de la papaye, des ananas, un peu de maïs et des figues sont produits ici. De même, un peu de poulet, des oeufs et quelques têtes de bétail fournissent un complément de protéine au régime alimentaire des locaux. Tout le reste est acheminé par avion ou par bateau depuis le Chili. Evidemment, cela implique des prix particulièrement élevés sur les étals des deux supermarchés et des quelques épiceries de l'île. Et comme les sources de revenus ne sont pas énormes (quelques services, un peu d'agriculture, mais sinon seul le tourisme rapporte quelque chose aux Rapa Nui), nous nous sommes demandés comment les gens pouvaient survivre et rester ici. Il nous a fallu beaucoup de patience pour obtenir l'explication. En effet, beaucoup ici se déclarent "indépendantistes". Mais comme ils ne sont qu'à moitié naïfs, ils se rendent bien compte que sans les subventions au logement et aux familles, il n'y a aucun avenir pour eux en ces lieux. Notre première leçon a ainsi été de découvrir la candeur presque adolescente avec laquelle les habitants considèrent leur île et leur rapport au gouvernement chilien. La seconde est venue juste ensuite. A force de poser des questions sur l'histoire du peuplement de l'île, nous nous sommes rendus compte que la civilisation polynésienne n'y avait séjourné en paix que durant peu de siècles. Les Anglais et les Espagnols, dès qu'ils ont eu connaissance de ce lieu de peuplement, ont rapidement fait main basse sur la population afin de l'utiliser comme main d'oeuvre sur le continent. Il a fallu l'intervention des Français pour que les quatre cent survivants du peuple Rapa Nui soient arrachés aux sites d'extraction péruviens et ramenés sur l'île. Septante-cinq pourcent sont morts de maladie durant le trajet de retour. Et le restant n'aura pas permis que la race perdure. Notre seconde désillusion a ainsi été de constater que la "race" Rapa Nui s'est éteinte il y a plus d'un siècle. Les tentatives de ré-appropriation de leur passé, de leur culture, de leur identité paraissent donc fallacieuses puisqu'il n'existe aucun écrit. Seule la tradition orale et la pureté du sang permettait de définir les Polynésiens de l'île de Pâques. Mais puisqu'ils ont disparu, que sont les habitants actuels ? Et qu'essaient-ils de définir ? Comment peuvent-ils concevoir et justifier leur appartenance à quelque chose qui a cessé d'exister? Nous voulions comprendre; nous nous efforcions de chercher des explications. Sans jugement, ni comparaison. Hélas, à peine une journée sur place avait semblé suffire pour qu'une réalité défie le mythe. Ou plutôt pour qu'elle l'infatue !
 
 
 
 

 

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