Il y a quelques mystères de l'humanité qui ont excité l'imagination de millions de gens. Parfois même, ils font naître des passions qui ont consumé des vies entières. Les scientifiques et les savants du monde entier ont épuisé leur intelligence à les résoudre, ou simplement à les comprendre. Des livres, des collections leur ont été dédiées. Mille histoires et légendes leur ont été attribuées. Et malgré tout cela, nous restons encore aujourd'hui démunis pour expliquer de manière certaine, voire convaincante comment les Egyptiens ont construit leurs oeuvres. Comment les Mayas ont érigé leurs temples, leurs cités, leurs réseaux hydrauliques, dans le même temps qu'ils créaient leur formidable écriture et leurs mathématiques. Comment enfin la Polynésie et les îles du Pacifique ont pu être peuplées par des guerriers sur des embarcations en jonc. Et surtout comment les Rapa Nui, sis à plus de trois mille kilomètres de toute autre terre, ont pu survivre sur leur île pendant plusieurs siècles et y fabriquer leurs géants. Je suis certain que tu as également connu le merveilleux sentiment d'être soumis à l'inexplicable. Et peut-être même que l'île de Pâques fait partie de tes grandes interrogations, ou des destinations qui te font rêver. C'était à tout le moins le cas pour nous. Et depuis le début, cette minuscule pointe rocheuse au milieu de l'océan était une destination-phare. Nous nous y sommes rendus comme les chevaliers approchant le Graal, comme le biologiste découvrant une nouvelle espèce, comme l'exalté de la Foi rencontrant le prophète : avec une joie profonde et indicible qui te donne envie de crier ton bonheur mais qui te maintient coi d'humilité.

Il faisait nuit lorsque nous avons débarqué après plus de quatre heures de vol. Une auberge nous avait été recommandée par Frédéric et Sonja (Albregue Tui), ce qui nous a évité de devoir slalomer entre les dizaines de rabatteurs qui nous attendaient à la sortie de l'aéroport. En compagnie de Tui (la propriétaire) et de Daniel (un autre touriste), nous sommes allés à la découverte du lieu où nous devions en principe loger pour une semaine. Nous avons été agréablement surpris du confort et de l'emplacement. Chambre double partiellement meublée avec salle de bain, cuisine et salon communs, petit déjeuner inclus, et surtout vue sur la mer depuis le patio. Même de nuit, cela faisait excellente impression. Nous n'avons pas hésité plus longtemps et avons réservé pour la durée entière du séjour. Remarquons à ce stade que les conseillers en voyages recommandent quatre à cinq jours maximum pour visiter l'île de Pâques. C'est assez pour le touriste lambda, c'est vrai. Mais il faut tenir compte du climat tropical qui règne ici; les risques de pluie discontinue sont importants en toute saison. A plus forte raison (paraît-il) en mai, mois où nous étions sur place. Nous avions donc prévu sept journées entières afin d'être certains de bénéficier du soleil. En fait, il nous n'aurons eu qu'un jour de pluie en tout et pour tout ! Au matin suivant notre arrivée, nous nous sommes réveillés de très bonne heure. Le soleil avait traversé nos persiennes et nous avait annoncé un jour radieux. Tant mieux, nous étions impatients de rencontrer Rapa Nui et son histoire. Nous avons pris le premier repas avec Daniel. Ce quinquagénaire français vivant à Papeete s'est avéré extrêmement sympathique. Sa connaissance des îles de la Polynésie était si vaste (il y vit depuis vingt ans) que nous avons poursuivi les discussions bien au-delà de onze heures. Comme il était trop tard pour nous

 
 
 
 

 

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