Notre tout premier
jour dans le pays a été l'occasion d'une
découverte importante : comme le mentionnent les
guides de voyage, le Paraguay est bien le pays le plus
corrompu du continent ! Après avoir traversé
le pont qui sépare la très proprette brésilienne
"Foz de Iguaçu" de la chaotique paraguayenne
"Ciudad del Este", nous avons pu appréhender
cette première réalité. Cette ville-frontière
regorge en effet de matériel électronique
dernier cri (caméras numériques, ordinateurs
portables, écrans TV au plasma, etc.) dont les
prix défient toute concurrence. Même à
Colón, la ville panaméenne qui contient
le plus grand port-franc des Amériques, les tarifs
sont de 20 à 40 pourcent plus élevés.
Or compte tenu du fait que Ciudad del Este n'est pas une
zone franche, et que le Paraguay n'a pas d'accès
à la mer, on est forcé de déduire
qu'il y a un problème. Comment l'économie
d'une ville entière peut-elle être basée
sur le commerce électronique discounté au
vu et au su de tous ? Comment imaginer que ce chaos de
matériel peut être importé et vendu
(aux prix pratiqués) de manière totalement
légale ? Même avec toute notre bonne volonté,
nous n'avons pas pu y croire. Et après avoir posé
quelques questions, nous avons nous-mêmes été
informés des pratiques courantes : un bateau en
provenance de Chine arrive dans un port chilien avec des
containers bourrés de marchandises destinées
au marché paraguayen. Dès l'arrivée
au port, des cartons sont chargés sur les camions
d'un transporteur unique et peu curieux. Les véhicules
parcourent ensuite la distance jusqu'à Ciudad del
Este - plus de 1'200 kilomètres - sans que quiconque
ne pose de question (en fait, environ une fois tous les
deux mois, la police fait saisir un chargement; ce qui
fait peu au vu des quatre camions qui font le trajet chaque
jour). Puis ils déchargent dans les innombrables
boutiques de la ville, dont les noms changent par ailleurs
très souvent. Avoue qu'il y a tout de même
de quoi se demander si le gouvernement, les autorités
locales, la police et les douanes ne sont pas un petit
peu impliqués. Nous te laissons juger du cas.
Après
nous être défaits de notre ébahissement
(tous ceux qui me connaissent savent mon intérêt
quasi compulsif pour tout ce qui est électronique
et nouveau), nous avons roulé vers le sud. Notre
objectif était de visiter les réductions
(missions) jésuites de Trinidad et de Jésus.
En chemin, nous avons pu admirer de magnifiques paysages
verdoyants qui nous ont rappelé notre bonne vieille
plaine de l'Orbe : monotones, mais tellement herbageux
et pâturables ! Pour être francs, après
tout ce que nous avions vu de régions sèches
au Brésil, cela nous a fait du bien de voir un
coin où les cultures ont un peu de
