Nous ne savons presque rien du Cambodge. Notre visite-éclair
ne nous a pas permis de comprendre, ni même de
voir quelle est la situation actuelle de ce peuple qui
a si longtemps dominé l'Asie du sud-est. Nous
avions lu des articles sur l'empire Khmers et sur
leurs gigantesques conquêtes. Sur la chute de
leur civilisation également. Nous nous étions
également instruits d'éléments
de leur histoire récente; la colonisation française,
le socialisme, les Khmers rouges, Pol Pot et le génocide,
etc. De tout cela, nous n'avons rien pu observer que
les impacts des balles sur les monuments archéologiques.
Les quelques Cambodgiens avec qui nous avons parlé
du pays ne se sont pas étendus sur ce passé
douloureux et ont préféré s'en
tenir à la glorieuse période où
leur influence s'étendait de l'Inde à
la Chine. Certainement, nous aurions dû aller
jusqu'à Phnom Phen et regarder ce qui subsistait
de cette période sombre. Ou nous enfoncer profondément
dans les campagnes pour voir de nos yeux les ravages
des champs de mines. Et témoigner de cela. Nous
n'en avons rien fait. Parfois, j'ai un peu honte de
ne pas avoir creusé dans la fosse historique;
de m'en être tenu à la façade dorée
qu'on donne en pâture aux hordes de touristes.
A y regarder de plus près toutefois, personne
ne nous avait semblé prêt à rouvrir
ces plaies à peines pansées. Ceux qui
voulaient parler du passé, c'étaient les
guides, ou les marchands d'instuments et de vêtements
"traditionnels". Les autres, ceux qui n'avaient
rien à vendre, restaient cloîtrés
dans leurs cahutes de bois. Qu'auraient-ils fait d'autre
? Ils n'avaient aucun profit à tirer de ces Européens,
de ces Japonais, de ces Américains, de ces Coréens
ou de ces Chinois qui foulaient leurs temples.
Il était encore tôt le matin lorsque nous
avons franchi la frontière depuis la Thaïlande.
Nous avons immédiatement été frappés
par le grand casino situé derrière le
poste douanier des Cambodgiens. On nous a expliqué
que les financiers du complexe étaient Singapouriens
et Malais et que le gouvernement touchait d'importantes
royalties en échange de la patente qu'il avait
octroyée. Nous avons également appris
que la clientèle était thaï à
plus de huitante pourcent et que la mise minimale des
machines à sou était de cinq dollars ...
quant on sait que cela correspond, pour le touriste, à une nuit
dans une guesthouse, ou à un repas dans un bon
restaurant, ça donne une échelle. Mais
rappelons que les jeux d'argent sont illégaux
en terre de Siam, laquelle compte d'immenses fortunes
(qui possèdent, notamment, le plus grand centre
commercial de Shanghaï ...). On comprend mieux
dès lors ce qui a poussé les investisseurs
à construire un autel dédié au
fric juste au milieu de rien. Parce qu'autour du
bâtiment justement, c'était le vide; une
jungle de végétation sèche, une
vague piste qui s'éloignait vers le sud, quelques
maisons de bambous à l'horizon et un poste d'essence.
Tout ce que la région comptait de développement
se trouvait de l'autre côté, en Thaïlande.
Ou dans les murs du casino. Pour le reste, c'était
le néant. Cette première image nous laissait
songeurs.
