Nous
avons consacré les trois journées suivantes
à un rapide survol des sites majeurs de Beijing.
La grandiose cité interdite nous a particulièrement
impressionnés par la finesse de son architecture
et par le nombre de ses palaces. Et même si ce
qui est presenté au public n'est que la pâle
reconstruction d'une majesté passée, l'ensemble
vaut d'être admiré. Au reste, le froid
de novembre semble être propice à de telles
visites : il rebute tellement les touristes chinois
que les allées labyrinthiques étaient
pratiquement vides de groupes beuglants, crachants et
se bousculant. Nous avons ainsi pu nous figurer les
empereurs et les impératrices des temps anciens
déambulant dans ces murs sur lesquels leurs contemporains
n'osaient pas seulement lever les yeux.
Comme notre retour en Chine était déjà
prévu pour le mois d'avril suivant, nous n'avons
pas voulu multiplier les visites à l'infini.
Nous nous sommes contentés de quelques promenades
dans les rues semi-désertes, et sommes demeurés
stupéfaits par cette Beijing du XXIème
siècle. Le vingt-quatre novembre au matin, en
compagnie de milliers de travailleurs chinois, nous
avons embarqué dans le train à destination
de Tianjin. Le but final était pour nous de rejoindre
notre bateau de croisière, amarré à
Tangu, l'un des plus grands ports du pays. Nous y sommes
parvenus, mais non sans mal. Notre première difficulté
a été la mauvaise organisation et l'information
désastreuse de la société Princess
qui, afin de privilégier ses transferts onéreux
entre la capitale et le lieu du check-in, n'a pas jugé
bon d'informer les passagers que l'embarquement ne pouvait
pas se faire directement au port (comme c'est le cas
habituellement), mais uniquement depuis un hôtel
distant d'une trentaine de kilomètres. Une fois
mis au courant de ce "détail", il nous
a fallu trouver comment rejoindre cet établissement
au moyen des transports publics. Et pour cela évidemment,
nous avions besoin du secours des locaux. Autant te
dire que nous avons eu de la peine. Surtout moi. Le
langage des signes étant inutile, puisque nos
gestes ne veulent souvent rien dire pour les Chinois,
je ne savais plus de quelle méthode user pour
me faire comprendre. En fait, seule Laure arrivait,
je ne sais comment, à se faire comprendre et
à obtenir des renseignements. Enfin, quelques
âmes charitables (et anglophones) ont achevé
de nous expliquer ce qu'il nous fallait faire pour nous
diriger. Bref, nous sommes parvenus à nous retrouver
dans le dédalle des bus de Tianjin et dans les
rues impersonnelles, aux larges avenues et aux hôtels
immenses (mais pour qui ?), de Tangu. Avec de l'avance
sur ce que nous avions prévu, nous avons embarqué
sur notre petite barque de deux mille six cent passagers.
Beau rafiot, il faut le dire. Sans le charme des plus
anciens de la flotte de Princess, mais également
sans les décorations pompeuses et lourdes de
certains bâtiments plus récents. Nous avons
presque immédiatement élu la petite bibliothèque,
simple et intimiste, ainsi que le restaurant Savoie,
teinté de rouges suaves et habité par
de nombreux serveurs hispanophones, au rang de "lieux
de rendez-vous" par excellence de nos seize jours
sur les flots.
