En deux ans et demi de voyage, voici peut-être
notre vraie erreur de calcul. Ou notre première"tuile".
Sur prospectus, tout semblait pourtant idéal.
Une croisière de deux semaines depuis Beijing
jusqu'à Singapour en passant par la Corée,
le Japon, Hong Kong, le Vietnam, la Thaïlande et
la Malaysie. Le climat devait être assez bon partout,
puisque nous évitions la saison des pluies dans
tous les pays. Hélas, rien n'a été
comme prévu. A l'organisation désastreuse
de Princess, pas même capable d'informer correctement
ses passagers sur l'endroit exact où avait lieu
l'embarquement (le check-in se faisait dans un hôtel
situé à une heure de la mer, et non pas
au dock même, comme nous en avions l'habitude)
a succédé le fait que le navire était
trop gros pour accoster dans les ports proches des villes
(ce qui nous à chaque fois obligés à
de longs transferts vers les sites intéressants).
Et pour terminer, la pluie est venue agrémenter
douze de nos seize journées de voyage. Nous sous
sommes bien reposés, certes, mais je crois que
l'unique avantage de tout ceci, finalement, c'est que
pour une fois, tu n'auras pas trop à lire ...
Lorsque nous nous sommes envolés depuis Sydney,
nous n'avons pas immédiatement pris la direction
de la Chine. Afin de bénéficier de tarifs
bas, nous avions réservé nos vols chez
Vietnam Airlines et notre ticket imposait un transit
et une nuit à Ho Chi Minh City, ainsi qu'un second
transit à Hanoi. Notre premier contact en arrivant
dans l'ex-Saigon a été effrayant. A peine
sortis de l'aéroport, deux millions de scooters
bruyants et puants nous ont entourés. C'était
un brouhaha total, à crever les tympans d'un
coureur automobile. Arrivés trop tard pour visiter
quoi que ce soit, nous nous sommes immédiatement
rendus à notre hôtel afin d'y trouver un
peu de calme. Effectivement, le tonnerre de la rue ne
se faisait pas trop entendre depuis les chambres. Mais
elles n'en étaient pas exemptes. Vers vingt heures,
je me suis dit que l'heure de pointe était passée
et que le moment était venu d'aller nous chercher
un plat à emporter dans l'une des échoppes
de notre rue. Je m'étais trompé sur tout.
Il m'a fallu marcher longtemps pour trouver la plus
petite des épiceries de cette planète
et lorsque je suis tombé dessus, j'ai dû
jouer au toréador dans le traffic pour traverser
la route. Et tout cela ne s'est pas calmé; je
me suis levé à trois ou quatre heures
du matin pour voir ce qu'il en était : la valse
des motocyclettes durait encore. Curieuse expérience
!
Après cette escale et les différents
transits, nous sommes arrivés à Beijing
le lendemain en fin d'après-midi. Le temps y
était plutôt froid et le ciel semblait
clair, ce qui augurait plein de bonnes choses. Nous
avons immédiatement été frappés
par les énormes avenues que nous avons empruntées
pour nous rendre au centre-ville depuis l'aéroport.
Trois, quatre pistes et deux voies la plupart du temps;
nous qui avions encore en tête les costumes maos
et les vélos, nous avons été mis
au diapason de la Chine nouvelle en moins d'une heure.
Des buildings et les malls, des shopping-centers et
des Mc Donald's, des néons en haut, en bas et
de tous les côtés, des écrans géants
faisant déférler des tempêtes de
publicités. Tout ce que l'on aurait pu s'attendre
à voir avant les fêtes dans une métropole
telle que New York. Mais pas ici. Pas en Chine. On était
loin des réformes timides de la fin des années
septante. On était en pleine explosion d'une
économie dont la puissance n'a aucune rivale
présente, ni historique. Nous étions bouche
bée, presque inquiets ...
