Krabi, Chan Cha Laydécembre en soirée, notre travail était terminé et nous nous demandions à quoi nous allions bien pouvoir occuper notre temps durant une semaine. D'autant plus qu'il ne valait pas la peine que nous partions en tour dans la région, puisque nous risquions d'anticiper sur quelque chose que nos compatriotes désireraient peut-être faire. La douceur de vivre dans le joli backpacker que nous avions trouvé à Krabi nous a apporté la réponse. Le "Chan Cha Lay" présentait en effet tous les atouts propices à une vie oisive : lumineux, coloré, calme, propre, entouré de verdure et extrêmement bon marché. Pin et sa soeur photographe avaient désiré inventer un lieu où les backpacker se seraient sentis à l'aise dans un décor rappelant les maisons de la Crête. Pari réussi ! Si l'architecture n'était pas vraiment semblable à ce que l'on trouve sur l'île méditerranéenne, l'ambiance était en revanche recréée; sieste, sourires et chaleur compris. Cet environnement nous a tout d'abord inspiré le repos et la remise en ordre de nos idées. Puis, presque naturellement, nous avons glissé vers tout ce que nous devions mettre à jour. Alors nous avons écrit. Journal, site internet, albums photos, mails, etc. tout y a passé. Nous sommes subitement devenus fort productifs, tout en gardant un nombre d'heure minimum où le mot d'ordre était : ne rien faire.

A mesure que les jours passaient, une transformation s'est opérée. Un souvenir persistant, datant de l'année précédente est venu hanter nos esprits et ceux des habitants : 26 décembre 2005. Jour du Tsunami ! Si en apparence, tout semblait normal dans cette société thaï hyper-active, quelque chose de sourd grondait tandis que nous nous rapprochions des commémorations. La province de Krabi avait en effet été l'une des plus touchées dans le pays et chacun conservait de cet événement une fêlure à l'âme. Pourtant, loin d'adopter une attitude grave et endeuillée, les Thaïs que nous côtoyions regardaient vers le passé afin de penser à leur morts, mais sans tristesse. C'étaient des hommages qu'il aurait été malséant d'exagérer. Tous vivaient dans le présent d'une reconstruction pas toujours terminée et tournés vers un avenir où tout cela ne se reproduirait plus (grâce à divers moyens de prévention de la catastrophe). Leur positivisme était impressionnant et nous avions de la peine à nous figurer comment les habitants pouvaient envisager des célébrations joyeuses (parce que c'est ainsi qu'elles étaient prévues : solennelles, mais heureuses en même temps). Maintenant encore, je me souviens distinctement de toutes ces veilleuses s'élevant dans les airs, ajoutant mille feux au ciel étoilé. Je relis les voeux murmurés sur des lèvres tremblantes. Et dans un éclair lumineux jeté sur les visages par la lueur des allumettes et des bougies, je revois les expressions sereines. Ces joues de cire et ces yeux calmes que la douleur passée ne semblait plus étreindre. Point de crispation dans les traits ou dans les sourires. On allumait des cierges et on les dédiait à quelqu'un, aux astres, à ce jour fatal. C'était tout. Et nous, spectateurs impuissants, nous ne savions pas comment interpréter ces scènes silencieuses qu'aucune larme, ni aucun cri ne venaient troubler. C'était tout.

 
 
 
 

 

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