que d'arriver dans
l'inconnu et d'y être accueilli par quelqu'un de
familier. Et lorsque en sus on se voit offrir un collier
selon la tradition polynésienne, il y a de quoi
sentir son coeur soulevé. Je ne sais pas si Daniel
sait à quel point nous nous sommes sentis honnorés
de sa présence à notre arrivée. Nous
avons été béats de gratitude. Au
reste si tu lis ces lignes, souviens-toi de ce que je
t'ai dis concernant ton prochain passage à Morgins;
les fleurs seront peut-être hors saison, mais quelque
chose d'autre les remplacera ! Notre hôte nous a
embarqués avec nos pesants bagages et nous a conduits
jusqu'à son bel appartement. Situé en hauteur
sur le flanc verdoyant d'une colline, il promettait une
vue magnifique depuis la grande terrasse. De nuit, nous
devinions à peine la mer, mais nous l'entendions
si bien qu'il n'y avait aucun doute; elle se situait juste
en contrebas. Vers deux heures du matin, sous une chaleur
moite accablante, nous allions tous nous reposer.
Le
soleil brillait déjà haut lorsque nous
sommes sortis des plumes. Nous sommes directement allés
sur le balcon afin d'admirer la vue. Quelle merveille
: la forêt tropicale dévalant la montagne
se jetait abruptement dans le plus bleu des lagons.
Au loin, nous apercevions Moorea et ses sommets acérés.
Nous étions là ! Au beau milieu de la
brochure d'une agence spécialisée dans
les voyages de noces. A la différence près
que nous avions quelqu'un pour nous parler de la vie
réelle ici. Celle que les touristes n'ont jamais
le temps d'appréhender. Sitôt le petit-déjeuner
pris, Daniel nous a embarqués en voiture pour
un tour de l'île. Nous ne voulions pas le priver
de son repos et lui en avons fait part. Il a balayé
nos réticences en nous disant que son objectif
dans la vie avait été de travailler jusqu'à
cinquante ans et pas au-delà; comme il en avait
cinquante-trois, cela faisait trois ans qu'il profitait
d'une pleine retraite; le temps était ainsi ce
dont il disposait le plus. Il nous a tout d'abord emmenés
sur des belvédères afin que nous puissions
mieux admirer le lagon. En fait, c'est la végétation
qui nous a le plus frappés. Après l'île
de Pâques et le nord du Chili, où les arbres
sont pratiquement inexistants,
Tahiti
donnait l'impression d'être la jungle tropicale.
Tout était luxuriant, dégoulinant de feuilles,
de fleurs et de fruits. C'en était presque étouffant.
Mais quel bonheur ! En chemin, nous avons longé
quelques plages de fin sable noir (pas de blanc sur
cette île). Après un repas traditionnel
(thon et légumes crus marinés au lait
de coco), puis nous sommes allés voir quelques
chutes d'eau; nous n'avons pas résisté
à quelques brasses dans leurs bassins. A mesure
que nous approchions de Papeete sur le chemin du retour,
nous avons fait le constat que la végétation
n'est pas la seule chose qui prolifère ici. Les
églises et les voitures abondent également.
Pas une branche du christianisme qui ne soit pas représentée.
Pas un bled sans un, deux ou trois clochers ou maisons
de prières. Quant au traffic ... presque le centre
de Genève aux heures de pointe ! Mais tout cela
sur la côte uniquement. L'intérieur reste
étonnament virginal. Nous avons terminé
la visite en assistant à un entraînement
de Tai Jitsu, auquel Daniel prenait part. J'ai été
supris de la similarité avec celui que je pratique
moi-même. Tu n'imagine pas à quel point
je brûlais de ne pas être sur le tatami
...
